Pourquoi et comment ils ont tué Muammar Gaddhafi

15 février 2015

1. La Libye de Muammar Gaddhafi

    La mort de Muammar Gaddhafi est l'aboutissement d'un processus dont une étape essentielle aura été, en 2007, l'extradition, vers la Bulgarie, des cinq infirmières originaires de ce même pays et du médecin tout juste devenu lui-même bulgare, c'est-à-dire de six personnes initialement condamné(e)s à mort en Libye pour leur implication dans l'affaire des enfants libyens contaminés par le virus du sida.

    Divers documents officiels de la république française permettent de prendre la mesure de ce qu'a été le comportement de différents responsables politiques de notre pays dans le processus qui devait aboutir à la destruction du régime libyen.

    Depuis 1969, ce pays avait connu une transformation inouïe dans le sens de la démocratie directe. Il aura été le produit le plus élaboré d'une dynamique désormais complètement oubliée : celle du nationalisme arabe et de l'unité africaine.

    Pour prendre la dimension de ce qui se trouve désormais définitivement englouti à la suite de la tragédie dont je vais m'efforcer de définir le cheminement, je renvoie à un ouvrage dont toutes celles et tous ceux qui l'ont lu disent qu'il est admirable de courage et d'intelligence : "La Libye révolutionnaire dans le monde (1969-2011)" Françoise Petitdemange, Éditions Paroles Vives, 2014.

    On en retrouvera une présentation détaillée ici :
http://www.francoisepetitdemange.sitew.fr

    La série d'articles qui commence ici (série A) prendra appui sur le rapport enregistré à la présidence de l'Assemblée nationale le 22 janvier 2008, et établi au nom de la Commission d'Enquête sur les conditions de libération des infirmières et du médecin bulgares détenus en Libye et sur les récents accords franco-libyens. Elle était présidée par Pierre Moscovici, son rapporteur étant Axel Poniatowski.

J'utilise la transcription fournie par le site de l'Assemblée nationale. Nous sommes donc dans de l'officiel. Au surplus, nous allons pouvoir mesurer ce qu'on pourrait appeler les "qualités intrinsèques" de quelques échantillons de la représentation nationale.

Si la mort de Muammar Gaddhafi est un crime, il doit y avoir quelques responsables... Le mieux étant qu'ils se dénoncent eux-mêmes.

Reprenant une pratique qui m'avait ouvert des perspectives plus qu'inattendues lorsque j'ai rédigé l'ouvrage "Une santé aux mains du grand capital ? - L'alerte du médiator", Editions Paroles Vives, 2011 (à retrouver ici :
http://unesanteauxmainsdugrandcapital.hautetfort.com),
je me suis soucié du décalage parfois consternant qu'on peut découvrir entre la transcription fournie par les services de l'Assemblée Nationale (ou du Sénat) et les vidéos qui sont parfois encore accessibles aujourd'hui. J'indiquerai, bien sûr, les abîmes qui s'ouvrent ainsi parfois devant une conscience citoyenne rien qu'un peu sourcilleuse.

Et maintenant, que les documents parlent !

Michel J. Cuny

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17 février 2015

2. Une commission d'enquête très contente d'elle-même : il faudra s'en souvenir...

Pour nous qui connaissons désormais le rôle qu'un président de la république, simplement piloté par un favori, a pu jouer dans le déclenchement subit d'une guerre qui allait conduire à l'anéantissement d'un pays tout juste placé de l'autre côté de la Méditerranée, il est assez troublant de devoir prendre connaissance de ce satisfecit que le président de la Commission d'enquête sur les conditions de libération des infirmières bulgares, le socialiste Pierre Moscovici, a cru pouvoir adresser à ses collègues dès les premières lignes de son Avant-propos au Rapport remis le 22 janvier 2008 à la présidence de l'Assemblée nationale :

"[...] la commission d'enquête parlementaire sur cette libération restera dans les mémoires comme une première institutionnelle réussie. Sa pertinence a parfois été mise en doute, à ses débuts : son ambition en effet n'était pas mince, puisqu'elle entendait lever un coin du voile, de manière tout à fait novatrice, sur le « domaine réservé » que constituent traditionnellement en France les affaires étrangères, qui continuent d'être entourées d'une forme de « grand secret » et d'être confisquées par quelques acteurs, dans le triangle ElyséeQuai d'OrsayMatignon. Elle a, en permettant que l'exécutif puisse venir rendre compte de son action dans ce domaine devant le législatif, ouvert la voie à une nouvelle étape dans la maturité démocratique du pays. La commission d'enquête représente ainsi, par sa simple constitution, une avancée indéniable et une percée démocratique."

Ne s'est-il pas plutôt agi de promener, sans crier gare, cette émanation de la représentation du côté d'une impasse soigneusement organisée ? Il était pourtant assez clair qu'un élément clef avait échappé à Pierre Moscovici et à ses gentil(le)s collègues, et le président de la Commission ne paraît pas s'en étonner plus que cela :

"[...] écartée lors d'un vote formel par les groupes UMP et Nouveau Centre, à mes yeux sans vraie justification, l'audition de Madame Cécilia Sarkozy restera une pièce absente dans le puzzle, un chaînon manquant dans le déroulement des faits, denses et parfois chaotiques, qui ont mené à la libération des soignants bulgares."

Et pourtant, n'avait-elle pas réalisé un véritable petit miracle ? Si, justement. Notre ami Pierrot (de la lune ?) en convient :

"Tous les témoignages recueillis par la commission l'ont montré : Madame Sarkozy, « envoyée personnelle » du chef de l'Etat, a joué un rôle décisif dans la libération des soignants bulgares, décidée en tête-à-tête entre elle et le colonel Kadhafi, dont nul autre ne connaît le contenu."

Immaculée conception ? Nous verrons que le témoin Boris Boillon savait très bien de quoi il s'agissait. Malheureusement, Pierre - comme ses petits camarades ? - a décidément la mémoire courte... C'était pourtant dans la dernière séance d'audition des témoins : de celles que l'on n'oublie pas.

Voilà donc comment le président Moscovici anéantit en trois mots les trop beaux propos tenus au tout début de sa jolie introduction, et nous révèle que, du point de vue de l'approfondissement de la démocratie dont il serait l'un des artisans, il s'est rudement mis le doigt dans l'œil – et ses camarades avec lui. Mais cherchaient-ils(-elles) autre chose, à propos de la fée du logis et de son si charmant époux ?...

"Son audition aurait été, à mes yeux, plus qu'utile, indispensable. Elle a été interdite par une décision politique. Je le regrette et forme le vœu qu'à l'avenir, les commissions d'enquête qui succèderont à celle-ci ne rencontrent pas de tels obstacles : le Parlement doit pleinement jouer son rôle de contrôle, sans soumission, d'aucune sorte, à l'exécutif."

Ceci pour plaisanter...

Car, bien brave, Nicolas le ferait jusqu'au bout, et tout seul, le sale boulot..., et en s'essuyant les pieds sur ce paillasson qu'est, en France, la représentation nationale.

A titre de référence permanente pour l'ensemble de l'oeuvre de Muammar Gaddhafi et du peuple libyen, je renvoie à l'ouvrage de Françoise Petitdemange, La Libye révolutionnaire dans le monde (1969-2011) dont on trouvera une présentation ici : http://www.francoisepetitdemange.sitew.fr

Michel J. Cuny

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